[REVIEW MANGA] L’histoire des 3 Adolf

Vers la fin de sa vie, Osamu Tezuka, alors atteint d’un cancer, produira des œuvres plus sombres et matures que celles pour lesquelles le grand public le connaît. C’était déjà le cas de Ayako (chez Akata), publié au début des années 70 qui racontait les drames d’une famille de propriétaires terriens après la guerre et les événements de l’époque qui ont marqué le Japon. Dix ans plus tard, il publiera ce qui est son manga que je préfère (bien que je n’ai pas tout lu. Ce Monsieur était très productif).

Il s’agit de L’histoire des 3 Adolf.

 

Prenant pour “décor” l’Allemagne Nazie et ses relations avec le Japon, l’H3A conte les aventures de Shohei Toge. Ce dernier est un correspondant japonais qui est chargé de couvrir les Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Mais son frère qui y étudie va se faire assassiner. Toge va alors comprendre que ses bourreaux étaient en fait à la recherche de documents comprométants qu’il avait en sa possession. En effet, il semblerait que Hitler aurait du sang juif et ces papiers en étaient la preuve.
Toge se fera alors la promesse de venger la mort de son frère et de conserver les documents au péril de sa vie.

Les 3 Adolf du titre sont :
– Adolf Kaufmann, jeune garçon germano-japonais vivant à Kobe et fils de nazi qui sera envoyé en Allemagne pour intégrer les Jeunesses Hitleriennes.
– Adolf Kamil, un fils d’émigré juif-allemand et meilleur ami de A. Kaufmann. Et là, on devine tout de suite la tragédie qui séparera ces deux amis.
– Adolf Hitler, que je n’ai pas besoin de présenter…

image

Sans vouloir en dire plus sur l’histoire, nous suivrons le héros à travers une course poursuite entre lui et la Gestapo au Japon ainsi que l’avancée des nazis en Europe et l’extermination des juifs. Nous avons ici l’une des dernières grandes œuvres du Maître absolu du manga qui est bien connu pour ses histoires humanistes pleines de réflexion sur ce qui fait d’un homme qu’il est bon ou mauvais. Les personnages sont frappés par l’ironie et le tragique, propices aux situations que la guerre peut engendrer. Tous en ressortiront grandis à leur manière. Même le lecteur. Puisqu’il s’agit de ce genre d’œuvre. Celles qui nous font nous questionner. Toge en bave pendant une bonne partie de l’histoire. On suit les péripéties causées par les décisions qu’il prendra. On souffre avec lui. Et l’on ne pourra que constater les drames qui se répercuteront sur ceux qui croiseront son chemin (Pour lui venir en aide ou non). Osamu Tezuka (tout comme dans Ayako) ne ménage pas ses personnages. Il leur donne simplement vie. Les bonnes choses n’arrivent pas qu’aux gens biens. Ils souffrent aussi. Adolf Kaufmann pense lui aussi agir pour le bien. Pour celui de l’Humanité. Pour celui de sa pauvre mère restée au pays. Pour que son Führer adoré le remarque et l’estime comme un fils spirituel.
Mais comment devient-on quelqu’un de bien ? Et qu’est-ce que “bien agir” ?

Du vernis sélectif partout !!

Du vernis sélectif partout !!

Lorsque j’ai terminé le quatrième et dernier volume, l’histoire m’a semblé achevée rapidement. Mon impression a alors été confirmée dans les quelques pages de fin de volume où Tezuka nous explique dans quelle contexte L’H3A a pris vie. Il n’a effectivement pas eu la possibilité de construire certains passages comme il le désirait. On ne sait pas non plus ce qu’il advient de certains personnages. Mais un message fort reste dans l’esprit du lecteur à la fin :

Comment l’être humain peut-il être responsable de tant de gâchis ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *